L’anti-livre noir de la psychanalyse ; Dirigé par Jacques-Alain Miller

Lanti livre noir de la psychanalyse20100424

 

Tableau récapitulatif

Bibliographie

Miller J-A. L’anti-Livre noir de la psychanalyse. Paris: Seuil; 2006.

Domaine

Psychanalyse

Type

Critique et controverse

Sujet

Critique des thérapies comportementales et cognitives par les psychanalystes

Recommandation

Lecture critique

 

 

Description :

Cet ouvrage collectif réalisé sous la direction de Jacques-Alain Miller se veut une réponse de la psychanalyse au  Livre noir de la psychanalyse  dirigé par Catherine Meyer et sorti quelques mois plus tôt. La grande majorité des chapitres sont écrits par des psychanalystes et ne traitent, pour la plupart, pas du tout du livre noir mais des TCC (thérapies cognitivo-comportementales).

 

Analyse :

Dans son introduction, Jacques-Alain Miller expose clairement l’idée que l’ambition du livre n’est pas de répondre point par point aux critiques qui sont faites à la psychanalyse mais bien de rendre coup pour coup en s’attaquant directement aux thérapies cognitivo-comportementales sensées être les instigatrices de livre noir. Pour ceux qui s’attendent à voir la psychanalyse prouver au monde qu’elle ne mérite pas les critiques anciennes et actuelles qui lui sont faites, passez votre chemin. Cette démarche est avant tout malheureuse pour ceux qui souhaitent connaître les réponses aux critiques formulées à la psychanalyse sur la probité de son fondateur, la valeur de sa méthode, son manque de résultats probants, ses faibles bases théoriques et sur encore bien d’autres sujets.

Bien que cette réponse soit assez ambigüe, il convient de s’intéresser malgré tout au contenu proposé aux lecteurs. De fait, il s’agit pour les différents auteurs de mener une attaque en règle contre les TCC sensées représenter les dérives les plus extrêmes des psychothérapies actuelles. Les critiques ne sont ni formulées sur la valeur thérapeutique, ni sur la validité des résultats, ni sur une contestation des théories qui les sous-tendent. En réalité, ces critiques sont émises principalement vis-à-vis de la philosophie qui constituerait l’ossature du projet TCC. Le schéma d’attaque est souvent le même. Ils s’appuient sur une idée consensuelle (non spécifique à la psychanalyse), par exemple le fait qu’un traitement doit se faire en accord avec le sujet, pour ensuite affirmer que les thérapies comportementales sont strictement opposées à cette idée. Dans l’exemple exposé, c’est évidemment faux puisque la collaboration entre le thérapeute et le patient est une des bases fondamentales des TCC. Il n’en reste pas moins que la méthode utilisée est pernicieuse. En effet, les idées présentées comme psychanalytiques sont avant tout de lieux communs largement admis comme le fait que l’homme n’est pas une machine, qu’il ne doit pas être manipulé etc. De plus le fait que les TCC iraient à l’encontre de ces idées est énoncé comme une vérité sans jamais ressentir le besoin d’étayer ces affirmations par des sources. Le jugement rendu est donc avant tout moral.

Les thérapies comportementales ne doivent évidemment pas être exonérées de l’exercice salutaire de la critique. Néanmoins, celle-ci doit être fondée sur des arguments valides et non pas sur des inexactitudes flagrantes. Les psychanalystes ne s’honorent pas en se défendant de la sorte. Pire, en détournant l’attention des critiques qui leur sont adressés par des scientifiques issus de différents domaines comme des historiens, des épistémologues, des psychologues, des psychiatres, ils ratent l’occasion de se remettre en question et de faire évoluer leur discipline.

 

Recommandations :

En ne répondant pas à l’attente suscitée par son titre, cet ouvrage ne permet pas aux lecteurs de se faire une idée objective du débat. Il permettra néanmoins à ceux qui ne jurent que par la psychanalyse d’être confortés dans leur idée. Malheureusement, cela se fait au prix d’un manque évident de rigueur dans l’analyse qu’ils font des TCC. La forme s’apparente avant tout à une discussion philosophique morale dans laquelle l’adversaire est dépeint de manière caricaturale et non réaliste. Nous ne pouvons qu’inciter les lecteurs à ne pas considérer les arguments développés dans cet ouvrage comme de l’argent comptant.