Qu'est-ce que le DSM ? : genèse et transformations de la bible américaine de la psychiatrie ; Demazeux S.

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Tableau récapitulatif

Bibliographie

Demazeux S. Qu’est-ce que le DSM ?: genèse et transformations de la bible américaine de la psychiatrie. Paris: Ithaque; 2013.

Domaine

Diagnostic Nosologie et classifications

Type

Critique et controverse

Sujet

Analyse critique fondée sur l’épistémologie du DSM III, de ses prémices et de ses motivations.

Recommandation

Lecture indispensable

 

 

Description :

Cet ouvrage écrit par Steeves Demazeux nous propose de découvrir, au travers d’une analyse critique fondée sur l’épistémologie, la genèse du DSM III, la révolution qu’il a apportée dans le champ de la santé mentale, le contexte dans lequel il a été créé, les questions auxquels il a tenté de répondre, les limites qui lui sont propres et les critiques auxquelles il a dû faire face.

 

Analyse :

Le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) constitue, depuis sa troisième édition sortie en 1980, la référence mondiale en termes de classification psychiatrique que ce soit pour la clinique ou pour la recherche. Il a depuis fait l’objet de nombreuses critiques souvent plus idéologiques et dogmatiques que réellement fondées scientifiquement.

Le premier travail de l’auteur est de replacer le DSM dans son contexte historique et théorique. Ceci permet d’écarter directement toutes une série de critiques fréquentes adressées contre les auteurs du DSM et, notamment, celles qui concernent les tentatives supposées de décrédibiliser et de rejeter la psychanalyse ou celles sur une supposée volonté de normaliser les individus pour les rendre plus soumis à la société.

Une fois cet historique dressé, l’auteur s’empare du fond du dossier DSM. Il s’agit pour lui de montrer que l’objectif visé par ses rédacteurs était louable mais que malheureusement il n’a pas été pleinement atteint. A une époque où le statut de la psychiatrie américaine était de plus en plus remis en questions à cause de son manque de fiabilité et de validité diagnostique, le DSM est apparu comme un moyen pour cette discipline de repartir de l’avant. Le projet a été pensé a-théorique pour éviter les querelles d’écoles et pour qu’il puisse servir à tous les praticiens, il se voulait fiable en opérationnalisant l’activité diagnostique et il devait permettre par sa méthode une amélioration de la recherche en psychiatrie pour arriver à mettre en place des diagnostics plus valides.

Demazeux permet par son analyse de revisiter des concepts clefs en sciences psychologiques et en psychiatrie comme les différents aspects de la fidélité et de la validité. Sa démarche très bien référencée permet de comprendre les impasses dans lesquels se trouve actuellement ce manuel de référence. Celui-ci n’a pas permis l’émergence de diagnostics valides et n’a pas réellement contribué à renforcer la dimension scientifique de la psychiatrie. De manière générale, la méthode exposée par l’auteur permet de mieux comprendre les enjeux qui existent actuellement autour des classifications psychiatriques et psychopathologiques. Il s’agit là d’une démarche salutaire à appliquer quelle que soit la théorie utilisée et sa supposée réputation.

Par son travail essentiellement centré sur le DSM, l’auteur oublie néanmoins de souligner le fait qu’il s’agit actuellement, et malgré tous ses défauts, du meilleur ouvrage dont disposent ceux qui s’intéressent aux troubles mentaux pour réaliser un diagnostic ayant un minimum de fiabilité.

 

Recommandations :

Un ouvrage à lire absolument si l’on s’intéresse au DSM ou si l’on s’y réfère dans sa pratique diagnostique. Il permet de mieux cerner ce manuel de référence, d’écarter les critiques non-fondées dont il est la victime d’un côté, et l’image idéalisée que certains praticiens en ont de l’autre. L’autre avantage de ce livre est qu’il est également très intéressant pour ceux qui disposent d’un modèle théorique différent. La critique de sa propre pratique et de ses présupposés théoriques est une activité trop peu mise en œuvre par de nombreux psychothérapeutes. Pourtant cela ne pourrait qu’enrichir et améliorer les prises en charge proposées par les professionnels de la santé mentale.